Noir pur

Sylvain George incarne tout d’abord une conduite. Son intransigeance est exemplaire et, depuis ses débuts, il ne s’en est jamais éloigné. Intransigeance qui est la sienne, à l’égard du monde aussi bien que de l’art, affirmée au prix de combats menés avec acharnement, sans reddition aucune. En prise avec le présent le plus immédiat, il s’est impliqué dans un de ses nœuds les plus douloureux – celui du destin des Sans papiers. Etres partis de là-bas sans être arrivés quelque part…êtres du bord ! Sylvain George a osé plonger dans ce qui fut un enfer moderne, l’enfer de Calais, et là-bas il a rencontré, il s’est immergé, directement, sans médiateur, dans « la douleur du monde ». Il l’a auscultée habité d’une irrépressible révolte. Je n’y suis pas allé, mais le témoin révolté qu’il fut me l’a raconté. Ses mots comme ses images nous projettent, aujourd’hui, devant un noir pur ! Noir de l’au-delà de la nuit ! Il en a fait l’expérience et s’il y revient c’est pour dire le scandale autant que réactiver la tragédie. Regardons ces figures qui se détachent à peine dans l’obscurité, écoutons ces paroles et, avec effroi, confrontons nous à « la noirceur » qui s’en dégage. Sylvain George est le veilleur d’une nuit dont il a éprouvé l’insupportable excès et il en est ressorti pour dire toute la détresse. Et ainsi, comme à des Macbeth modernes, il nous fait perdre le sommeil. Combien de fois l’histoire dont nous avons été les acteurs/spectateurs nous l’a interdit !

Aujourd’hui, après que Sylvain George a eu comme partenaire le grand Archie Sheep, c’est Valérie Dréville qui, avec le courage qui lui est propre, s’associe à cette aventure. Actrice de tous les possibles, elle nous rappellera ici, à Avignon, la déchirure de ses errances dans Pièces de guerre de Bond, dans la mise en scène d’Alain Françon, ou la détresse qui désarticula les mots de la Médée de Müller – Vassiliev. Aventures de l’extrême auxquelles dont sa présence reste indissociable ! Valérie Dréville, elle aussi, incarne une conduite grâce à des choix qui ont affirmé une exigence artistique et une éthique respectée tout au long de son parcours. La rencontre avec Sylvain George le confirme.

Le « noir pur » de Sylvain George et Valérie Dréville surgit au cœur de la nuit avignonnaise. Sous le ciel de la Provence nous entendrons les échos et nous retrouverons les traces de l’enfer de Calais. La vingt – cinquième heure ne sera jamais une heure de repos.

Georges Banu

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